La Pomme d’amour
Quand j’étais petite, c’était ma grand-mère qui me gardait le mercredi. C’était une grand-mère d’image d’Epinal, toujours avec son tablier, affairée à préparer un gâteau maison, avec de beaux cheveux ondulés aux reflets argentés …
Chez elle, j’ai découvert les framboises, les groseilles, le cassis, je me suis rassasiée de fraises et de cerises, dans cet arbre immense où mes jambes tremblaient en passant de branche en branche. Mon grand-père veillait jalousement sur son potager d’où il faisait naître des merveilles.
Mais chez ma grand-mère, le mercredi, il y avait aussi des moments beaucoup moins idylliques, comme le marché. Non pas que je n’aimais pas le marché en lui-même, mais surtout du fait que mes grands-parents n’avaient pas de voiture et que le marché se tenait au bas de la ville. Ce qui revenait à dire pour mes petites guiboles de l’époque, le bout du monde.
Pourtant, ma grand-mère, que je soupçonne d’avoir toujours été une fieffée gourmande, avait trouvé une ruse sans pareille pour me donner du courage. Elle avait pris l’habitude de m’offrir en récompense de terminer le marché par le stand du marchand de bonbons. Là, nous repartions avec un petit paquet de « cartes à jouer ». Je ne les ai jamais retrouvées depuis. C’était un petit nougat tendre de forme rectangulaire et sur le dessus était posée une fine feuille azyme représentant une des figures de carte à jouer. Bizarrement, mon grand-père n’en a jamais vu la couleur …
Et c’est un mercredi de marché que je fis la connaissance d’une de mes madeleines de Proust : la pomme d’amour ! Nous étions le lendemain d’une grande fête foraine et il restait un stand qui vendait ces friandises. Ma grand-mère m’offrit donc ce jour-là une pomme rouge, brillante, étincelante, lourde pour mon petit poignet … et dont je me demandais bien comment j’allais pouvoir la croquer ! Elle me regardait amusée, devinant mon embarras et sans doute autant pour m’aider que pour son propre plaisir me montra comment succomber enfin.
Je crois me revoir encore rouge du nez au menton, gavée de sucre et de pomme mêlés mais fière d’être parvenue à vaincre ma première pomme d’amour ! Ma grand-mère quant à elle est, je crois, toujours restée aussi gourmande. A la fin de sa vie, elle ne savait plus mon prénom mais ne refusait jamais un bonbon ….
Publié par Isabelle DEFAY

85….
This article is very attractive and interesting, I will share it with my friends on Facebook.jessonlinptzcm/2011nov…